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Camille, de Professeure à Comédienne !


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Le témoignage de Camille, qui a osé quitter une carrière qui semblait toute tracée dans l’éducation nationale, pour faire de sa passion, son métier ! Retour sur un parcours inspirant, teinté d’espoir et de détermination.

“Alors posez-vous cette délicieuse question : qu’avez-vous envie de faire quand vous serez plus grand(e) ?”

Bonjour Camille, peux-tu te présenter en quelques mots ?

J’ai 27 ans, je suis une jeune ancienne enseignante, actuellement artiste dramatique (autrice, metteuse en scène et comédienne), je vis à Lille dans le Nord. Je suis pacsée depuis 4 ans et je n’ai pas d’enfant.

Quel a été ton parcours professionnel jusqu’à présent ?

J’ai fait des études de Lettres et un master de recherche en littérature. A la fin de ma première année de master, j’ai passé le CAPES pour devenir enseignante de français dans le secondaire. Je l’ai obtenu et j’ai dû quitter mon master de recherche pour rejoindre le master Enseignement en deuxième année, où j’étais professeure stagiaire à mi-temps dans mon ancien collège (et oui…).

J’ai ensuite été mutée pour mon premier poste de titulaire dans un autre collège. J’ai fait en tout et pour tout 1 an et 8 mois dans l’Education Nationale. J’ai demandé une mise à disponibilité à la fin de ma deuxième année pour entamer une reconversion professionnelle qui a pris 3 ans (études comprises). J’ai d’abord fait un service civique dans une association de cinéma d’animation, ensuite je suis entrée au Conservatoire de Lille en art dramatique en passant les auditions de la CPES (classe préparatoire aux grandes écoles). Pendant ma première année, j’ai passé l’audition pour entrer chez les Clowns de l’Espoir pour devenir clown hospitalier, qui est aujourd’hui mon activité principale. A la fin de mes deux années, j’ai créé ma compagnie théâtrale avec une camarade de classe, La Petite Hurlante, et nous avons une première création jeune public : « Les Sœurs Allumées ». Grâce à toutes ces différentes activités, j’ai démissionné de l’Education Nationale et je suis devenue intermittente du spectacle. J’ai donc fini ma reconversion professionnelle.

Quel a été ton cheminement dans ta reconversion professionnelle ?

Je ne me suis jamais réellement posé la question de ce que je voulais faire quand je serai plus grande. Très jeune, le métier de professeur s’est imposé à moi (dans ma famille soit on est prof ou marin, le choix était vite fait). Je réalise que petite je n’ai pas eu un milieu familial foisonnant de métiers différents, c’était donc le chemin à suivre. Et puis après un parcours sans faute, j’ai fait un burn-out et une dépression à la fin de ma première année de professeure. Il a fallu que mon médecin me dise « c’est terminé Camille, tu ne peux plus y retourner, tu dois te reposer » pour que je réalise qu’en fait peut-être que prof ce n’était pas fait pour moi et que j’avais un autre rêve : devenir comédienne. Un rêve qui me semblait impossible à atteindre, inenvisageable, qui n’est destiné qu’à des personnes très spéciales. Et puis j’ai réalisé que moi aussi je pouvais faire partie de ces « personnes très spéciales ».

Un élément déclencheur particulier ?

Ma dépression nerveuse. Etonnement je ne la perçois pas comme un échec mais au contraire comme l’élément déclencheur de ma nouvelle vie. Tout est dans le mot « dépression », d’un coup une pression énorme tombe, et passées les heures noires, on se retrouve vraiment ! Et là se posent les vraies questions : Je veux faire quoi de ma vie. Quelle personne ai-je envie d’être ? Ce n’est pas un moment agréable, c’est plutôt un moment empli de doutes, de remises en question, et d’abandon. Mais c’est que lorsque l’on est au pied du mur qu’on ne peut que le remonter.

Comment as-tu su que ce métier correspondait à tes aspirations professionnelles ?

Depuis petite je rêve théâtre, mais cet univers me semblait être de l’ordre du rêve et on me le renvoyait comme tel. Quand en 3ème, j’ai annoncé à mon professeur de français « Monsieur, je veux devenir comédienne ». Il m’a ri au nez et m’a demandé de choisir un « vrai » métier. Pour la petite anecdote, j’ai retrouvé ce professeur, 7 ans après, quand j’ai été mutée dans mon ancien collège. Il s’avère qu’il était en dépression depuis des années, et qu’il cherchait désespérément à se faire muter. Je pourrai lui en vouloir, mais je réalise que c’est juste une personne qui n’en peut plus de son métier.

Alors comment j’ai su si ce métier allait me correspondre ? C’était évident puisque c’était mon rêve ! Après je ne dis pas que ce métier est idyllique, loin de là, c’est même plutôt difficile, mais je l’ai choisi, sincèrement choisi.

Et puis, quand je faisais mes études de Lettres et que je cherchais à faire du clown, je suis tombée sur ce métier dingue : clown hospitalier. Je ne savais même pas que cela existait. Je me suis promise dès lors que peu importe mon métier, je serai un jour clown à l’hôpital. Aujourd’hui mon souhait est exaucé et je fais pour moi un des plus beaux métiers du monde.

Comment as-tu monté ton projet (financement, recherche des écoles…)?

Mon compagnon a été la clé de voute de cette reconversion. Je n’ai pas envie de dire que seule c’est impossible, mais à deux c’est plus facile. D’abord, il travaillait déjà dans le milieu du spectacle en tant que technicien. Il m’a alors initié aux spécificités de ce milieu.

Ensuite, et bien forcément je ne gagnais plus d’argent et nous avions des charges, un loyer, des voitures, bref la vie… Il a donc accepté que pendant ces années de reconversion, nous vivions sur son salaire. J’ai eu quelques rentrées d’argent, mais elles ne me servaient qu’à mes charges personnelles et mes petits achats (je ne voulais pas lui demander mon « argent de poche »). On a complètement changé de mode de vie, nous consommions beaucoup moins et étonnement nous étions plus heureux.

Pour ce qui est des études, j’ai réalisé que j’avais encore l’âge d’entrer au Conservatoire quand j’ai vu un copain y entrer à 27 ans, alors pourquoi pas moi ? Dans le spectacle vivant les formations professionnelles sont limitées : soit ce sont les Conservatoires qui préparent ensuite aux grandes écoles (concours limité à 26 ans donc ce sera sans moi…), soit ce sont les écoles privées, souvent très chères… Je me suis donc suffit de la classe préparatoire du Conservatoire, car c’est aussi un domaine où on y va au culot ! C’est possible d’y entrer en autodidacte, cela demande juste plus de temps et d’énergie.

Pour ma formation cela m’a couté environ 1000 euros les deux années, et pour chaque stage de théâtre il faut compter entre 200 et 500 euros (ça peut monter beaucoup plus haut pour certaines formations). En fait ma formation s’est faite tout au long de mes études, et c’est ça que je trouve dingue. Ce ne sont pas mes études en soi qui m’ont permis d’accéder à ce milieu, mais toutes mes activités hors université. Donc si vous faites quelques choses à côté de votre boulot qui vous demande pas mal de temps et d’investissement c’est peut-être une bonne piste !

Comment te sens-tu dans ce nouveau quotidien professionnel ?

Je me sens reconnaissante. Depuis, je suis plongée dans un bain artistique avec des occasions, des opportunités et des envies qui s’offrent à moi. J’adore aussi travailler dans le milieu associatif (la plus grande majorité des structures dans le spectacle vivant). C’est à échelle humaine, avec des valeurs que l’on ne retrouve pas toujours dans d’autres structures.

Et depuis que j’ai choisi de faire ce métier, c’est comme si toutes mes bonnes étoiles s’alignaient. Je pense que cela est dû à mon investissement qui, contrairement à l’époque où j’enseignais, est sans faille.

Je me suis aussi rendu compte que j’étais capable d’entreprendre et ce n’est pas rien ! Il est souvent plus compliqué pour nous, les femmes, de se dire : « et si je créais ? ». Dans le spectacle vivant c’est nécessaire de créer, parce que personne ne vous attend, et si vous ne le faites pas, c’est difficile d’exister dans ce milieu.

Quelles sont les qualités requises pour entreprendre dans ton secteur d’activité ?

La première c’est le culot. Il faut aller au-delà de la petite trouille dans le bide, et prendre son courage à deux mains pour rencontrer les compagnies, les théâtres et les institutions, passer les auditions. Ensuite je dirai qu’il faut être soi-même, car c’est le cœur du métier d’être choisi pour ce que l’on est.

Ne pas tarir de volonté, de détermination, et continuer à y croire même quand c’est le néant.

Et puis il faut aimer créer, créer à volonté.

Comment envisages-tu ta nouvelle carrière professionnelle ?

Pour l’instant je me sens très chanceuse et reconnaissante. Mais je reste réaliste, je sais que les carrières dans le monde artistique ne sont pas les plus simples. J’ai pour l’instant une certaine stabilité avec mon activité de clown hospitalier, mais je sais que je dois perpétuellement chercher de nouveaux projets pour continuer de travailler.

Un conseil pour nos lecteurs qui doutent encore sur la question de la reconversion professionnelle ?

C’est une chance de pouvoir choisir ce que l’on veut faire de sa vie, alors saisissez-là. Même si cela semble difficile, c’est possible et nous avons des dispositifs en France pour aider les reconversions professionnelles.

Ne vous limitez pas aussi à savoir quel métier vous avez envie de faire, mais qu’est-ce qui vous fait envie, plaisir, qui vous satisfait. Je suis persuadée qu’un comptable peut être heureux non pas parce qu’il est comptable mais parce qu’il trouve que remplir toute cette paperasse avec rigueur et avoir à la fin un résultat, c’est satisfaisant. Quelques fois on s’obstine à idéaliser de trouver LE métier, alors que la plupart du temps il faut trouver ce qu’on aime faire et ce qui nous satisfait.

Alors posez-vous cette délicieuse question : qu’avez-vous envie de faire quand vous serez plus grand.e ?